Se verser un salaire en tant qu’entrepreneur : les étapes clés

Salaire ou dividendes ? Lorsque les bénéfices sont inférieurs à la limite de déduction pour les petites entreprises, l’une des décisions les plus importantes pour un propriétaire d’entreprise est de déterminer la meilleure façon de se payer. À cet égard, les possibilités sont nombreuses.

Pour Gaétan Veillette, planificateur financier au Groupe Investors, le choix entre se verser un salaire ou des dividendes résonne différemment selon l’âge et le parcours. Les jeunes entrepreneurs, par exemple, voient d’un œil critique les cotisations au Régime des rentes du Québec (RRQ). « Le RRQ, déjà sous pression financière, n’offre pas selon eux un rendement vraiment adapté à leur situation », observe-t-il. Le mécanisme leur paraît peu avantageux, surtout s’ils n’envisagent pas une carrière longue dans la même entreprise.

À l’autre bout du spectre, ceux qui approchent la retraite ne font pas le même calcul. Leur regard se porte sur la différence entre cotiser au REER, généralement plus intéressant quand le salaire augmente annuellement, et continuer d’alimenter le RRQ. La question n’est pas anodine : les règles de contribution sont les mêmes pour tous, qu’on ait 25 ou 60 ans. Bref, la mécanique universelle des régimes publics ne s’adapte guère à la diversité des parcours entrepreneuriaux.

Conseils pour choisir sa rémunération

Tout dépend du contexte financier, du statut de l’entreprise et bien sûr, du regard du comptable. Voici les grandes tendances observées parmi les entrepreneurs :

  • Les moins de 45 ans sont plus enclins à privilégier la rémunération en dividendes, moins lourde sur le plan des cotisations sociales.
  • Au contraire, entre 45 et 64 ans, la préférence va plutôt au salaire, notamment pour maximiser les droits au RRQ.

Un point à retenir : une fois que toutes les cotisations au RRQ ont été versées et que le plafond est atteint, il devient pertinent de repenser la stratégie. Un entrepreneur expérimenté, qui a déjà franchi ce cap, peut alors se tourner vers les dividendes sans perdre d’avantages sociaux majeurs.

Les dividendes présentent un attrait évident : ils sont versés après impôt, ce qui simplifie leur traitement fiscal. Mais attention, ils ne réduisent pas le revenu imposable de la société. À l’inverse, le salaire, lui, est déductible mais oblige l’entreprise à s’acquitter de contributions sociales : RRQ, RQAP, assurance-maladie, CSST. Petit détail à connaître : l’assurance-emploi ne concerne pas les propriétaires qui détiennent au moins 10 % d’une catégorie d’actions avec droit de vote, à condition d’en faire la demande.

Pour trouver la combinaison la plus judicieuse, l’avis du comptable s’impose. Prenons le cas d’un dirigeant qui souhaite se verser 100 000 $ : le professionnel pourra conseiller de prendre 52 500 $ en salaire (histoire de maximiser le RRQ), puis de compléter avec des dividendes, ce qui permet de limiter les charges liées au RQAP et à l’assurance-emploi au-delà de ce seuil.

Éviter de figer sa méthode dans le marbre : c’est le conseil de Gaétan Veillette. Les règles fiscales évoluent sans cesse et une stratégie valable aujourd’hui pourrait devenir obsolète demain. Il recommande donc de revoir sa politique de rémunération chaque année, en tenant compte des changements de réglementation, notamment pour tout ce qui touche au fractionnement du revenu.

Le fractionnement, justement, peut s’avérer intéressant à condition de bien comprendre les règles. Lorsqu’on détient des actions privilégiées à dividendes discrétionnaires, il devient possible de verser des dividendes à son conjoint, ce qui peut alléger la charge fiscale globale du ménage. Mais il ne s’agit pas d’un tour de passe-passe : si le conjoint reverse ensuite l’argent, l’administration fiscale peut rapidement requalifier l’opération.

Au final, chaque entrepreneur trace sa voie entre salaire et dividendes, en ajustant chaque année son cap pour tenir compte de l’évolution des lois et de sa propre trajectoire. Ceux qui prennent le temps d’analyser chaque paramètre, accompagnés de conseils avisés, peuvent transformer ces décisions techniques en véritables leviers de liberté sur le long terme.

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