Les différents métiers présents dans un orphelinat

Je reçois beaucoup de messages de lecteurs attirés par le volontariat humanitaire, désireux de donner un sens nouveau à leurs voyages en s’impliquant dans ce que l’on appelle aujourd’hui le tourisme volontaire. Ce phénomène, en pleine expansion, n’a pas échappé à certains groupes peu scrupuleux qui exploitent la générosité des voyageurs. Les dérives sont nombreuses et, loin d’être limitées aux éléphants de Thaïlande, un sujet que j’ai déjà abordé dans un précédent article,, elles touchent aussi les orphelinats.

Après cette publication, Frank Seidel, membre de Better Volunteering Better Care et fondateur d’un portail d’information sur le volontariat, m’a contacté. Sa motivation était claire : mettre en lumière les fausses promesses du bénévolat en orphelinat et secouer les idées reçues pour aller au-delà des discours convenus.

Le message est frontal : parmi les supercheries fréquentes, les soi-disant orphelinats s’imposent comme une illustration frappante des réseaux de trafic d’enfants.

Devant pareille réalité, il n’était plus question d’ignorer l’ampleur du problème. J’ai donc proposé à Frank de décortiquer la question et d’offrir aux futurs voyageurs humanitaires des outils pour agir en connaissance de cause, loin des pièges les plus grossiers.

On veut croire, quand on donne du temps et des bras, qu’on rejoint une aventure pleine de sens. Mais l’aveuglement collectif se paie cher. Combien reviennent, après des semaines ou des mois à donner sans compter, la boule au ventre, brutalement sortis de l’illusion philanthropique? J’en ai fait partie, malgré plus de deux décennies passées dans ce secteur, à croire qu’on ne me tromperait plus. Personne ici n’est là pour jeter la pierre : il n’y a pas de procès à faire à celles et ceux qui, avec bonne volonté, se sont investis dans ce type de mission.

La vraie difficulté, c’est le manque d’informations fiables. L’engagement, lorsqu’il s’appuie sur des croyances fausses, peut nourrir à son insu un système destructeur. Mais d’autres chemins existent, qui protègent réellement les plus fragiles. Je remercie Ryan d’avoir ouvert cet espace pour toucher toutes celles et ceux qui cherchent à s’engager ailleurs, autrement.

Qu’y a-t-il de problématique dans le bénévolat en orphelinat ?

L’éloquence des chiffres glace : dans la majeure partie des orphelinats, notamment dans les destinations touristiques, la frontière entre protection et trafic s’efface dramatiquement. Environ 80 % des enfants présents dans ces structures ont au moins un parent encore vivant. L’argent récolté auprès des visiteurs finance en priorité les intérêts privés, tandis que les enfants ne perçoivent souvent que les restes. Pour maximiser la collecte de fonds, certains établissements forcent même les enfants à jouer la détresse devant les étrangers. Plus inquiétant encore : de nombreux dossiers d’enfants sont trafiqués, rendant un retour en famille impossible. Des parents, souvent très pauvres, se voient promettre éducation et soins pour leurs enfants, qui sont ensuite maintenus, de fait, prisonniers d’une spirale sordide.

Certains gestes, qui paraissent anodins, alimentent en réalité ce cercle vicieux. Voici les principaux comportements qui soutiennent ce marché :

  • faire un don à un orphelinat,
  • visiter un orphelinat au cours d’un voyage,
  • effectuer une mission de bénévolat dans une de ces structures,
  • acheter des objets artisanaux prétendument fabriqués par les enfants accueillis.

L’Asie du Sud-Est, Cambodge, Népal,, souvent pointée du doigt, n’est pas la seule concernée. Des enquêtes menées au Ghana, en Ouganda, en Amérique latine et en Haïti révèlent le même schéma. Aucune région ne peut prétendre être à l’abri du phénomène.

Associations, ONG et lanceurs d’alerte n’ont cessé d’alerter. Témoignages, enquêtes, et rapports s’accumulent depuis des années. Parfois, une campagne coup de poing parvient à bousculer l’opinion et à donner un visage concret à cette réalité.

Il serait malhonnête de tout mélanger : quelques orphelinats, pilotés par des équipes engagées, travaillent véritablement pour le bien des enfants. Mais soyons réalistes : le visiteur, même de bonne foi, n’a aucune capacité de discernement pour distinguer le vrai du faux dans ce secteur saturé d’ambiguïtés.

L’Europe a quasiment supprimé le recours aux orphelinats. Pour l’ONU, c’est une mesure extrême qui doit rester marginale. Même dans quelques établissements de confiance, la famille d’accueil demeure le meilleur cadre, pour préserver l’équilibre et l’avenir des enfants.

Pour limiter les dommages, la position la plus responsable reste l’absence totale de lien, même ponctuel, avec des orphelinats.

Où en sommes-nous ?

On assiste à un mouvement de fond. De multiples ONG prennent la parole, de plus en plus visibles, tandis que la médiatisation suit enfin. Dernièrement, l’une des principales agences internationales de bénévolat a stoppé tout partenariat avec les orphelinats. L’Australie s’apprête même à classer le tourisme en orphelinat au rang des pratiques assimilées à la traite humaine moderne.

Faut-il culpabiliser les voyageurs, donateurs ou bénévoles ? Non, ce système fonctionne parce que la générosité reste sincère. Ce qui le fait prospérer, c’est l’argent. Tant que la demande tiendra, l’offre perdurera.

Agir avec responsabilité auprès des enfants en difficulté

Ce sont d’abord les enfants qui paient le prix de ce système. Souvent, ils ne sont pas orphelins : la misère et la précarité familiaire les exposent à ces réseaux peu scrupuleux.

En finir avec le trafic, certes. Mais accompagner durablement les familles vulnérables, c’est poser les bases d’un véritable progrès. Le bénévolat peut prendre d’autres formes : crèches locales, écoles, projets solidaires, initiatives communautaires qui préservent le lien familial et donnent aux enfants la possibilité de grandir dans leur milieu. Pour avancer, quelques pistes méritent d’être explorées pour qui désire s’impliquer de façon responsable :

  • Des réseaux engagés qui relient tourisme, humanitaire et bénévolat et développent des campagnes de sensibilisation spécifiques au sujet.
  • Des plateformes qui refusent catégoriquement toute mission auprès d’orphelinats et privilégient les projets communautaires.
  • Des collectifs pionniers ayant lancé le débat sur les dangers du volontourisme en institution.
  • Des fondations internationales déjà activement mobilisées contre ce système.

Prêt à questionner le modèle, à témoigner, ou à partager une expérience ? Vos réactions ont toute leur place ici.

Pour prolonger la réflexion, un lecteur partage la recommandation d’un documentaire percutant sur le sujet.

Photo de l’article : Tormods et Torv

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